Nomadisme, télétravail, mobilité : état des lieux de ces nouvelles formes d’organisation du travail

Dans le cadre du 1er forum de la Mobilité et du Travail à Distance, la CCI Alsace présente un état des lieux sur les nouvelles formes d’organisation du travail au CREF de Colmar. Le télétravail devient de plus en plus présent avec l’évolution des outils technologiques et aussi l’évolution sociale et sociétale. Les entreprises perdent peu à peu leur identité collective et revendiquent une relation de confiance avec les salariés pour le travail à distance.

Cette revendication se retrouve de plus en plus dans les recrutements des nouvelles générations (jeunes).
Le télétravail devient une nécessité pour les nouvelles entreprises (économies des coûts) mais aussi pour les collectivités (désengorgement des réseaux de transports).

Télétravail ?
Le télétravail ou travail à distance définit celui qui travaille ailleurs qu’au lieu de son entreprise (maison, situation de mobilité…).
Depuis le 22 mars 2012, le télétravail tel que défini dans l’article L1222-9 du code du travail stipule qu’il s’agit d’un travail effectué hors de l’entreprise, un travail effectué de façon régulière et volontaire et utilisant les technologies de l’information et de la communication, tout cela dans le cadre d’un contrat de travail.

Le travail à distance n’est pas forcement effectué à temps complet. En moyenne, on trouve 10% de travail à distance par entreprise, soit un demi-journée par semaine ou 1 journée toutes les deux semaines.
Le travail à distance nécessite des pre-requis. Il implique des changements technologiques qui nécessitent une cohérence d’ensemble des outils de l’entreprise (sécurité) et également des changements comportementaux. Le travail à distance requiert donc une relation de confiance entre l’entreprise et le salarié.

Le télétravail soulève une problématique du contrat de travail et de mise en place de charte informatique pour évoluer avec le temps et les technologies. La charte informatique n’a pas pour objectif de fixer/figer les conditions, mais de servir au cadrage de l’utilisation des TIC.
Dans le cas du télétravail à domicile, il est important que l’employeur s’assure que le lieu de travail adapté et ne porte pas préjudice au travail du collaborateur. La salarié peut alors être amené à fournir des informations sur son logement qui permettront à l’entreprise de s’assurer de la sécurité du lieu de travail.

Travailler à distance ne veut pas dire travailler n’importe quand. Une entreprise peut offrir une souplesse des horaires de télétravail et ainsi permettre au salarié de choisir le meilleur moment où il juge sa productivité maximale. Ces conditions doivent être décrites dans le contrat de travail ou un avenant à un contrat existant.

Quelques précisons (en vrac) sur le contrat/avenant de travail (par E.Walle, Cabinet A. BenSoussan) :
Dans un cadre temporel, le contrat doit préciser la durée et la fréquence du télétravail (nombre de jours par semaine), respecter la durée de temps de travail (code du travail classique). On doit y préciser la plage de disponibilités que le salarié s’engage à respecter.
Le télétravail peut apporter une indemnité supplémentaire au contrat. Cette indemnité peut concerner les redevances engagées par le salarié à son domicile (connexion internet, mobilier…). Ces prises en charge par l’employeur sont définies dans l’article L1222-10.

BYOD (Bring Your Own Device)
Aujourd’hui attribué aux dirigeants, comités de direction, le BYOD décrit un phénomène par lequel les salariés d’une entreprise apportent et utilisent leur mobile ou tout autre appareil personnel pour un usage professionnel. Peu de personnes ont accès à l’intégralité de leurs données professionnelles en dehors du bureau.
En France, 78% (sur 1200 dirigeants interrogés) autorisent l’utilisation d’un appareil personnel pour un usage professionnel et vice-versa.
Les entreprises le nécessitant doivent mettre en place des réseaux sécurisés et des outils maitrisés pour ne pas créer de « fuites » d’informations entre le lieu de télétravail et l’entreprise.

Beaucoup de salariés (dernières générations) veulent venir travailler avec leur ordinateur ou téléphone mobile. L’accompagnement du collaborateur sur ce point peut permettre l’épanouissement de celui-ci (liberté d’utilisation, moins de contraintes). Le coût d’équipement est aussi réduit pour l’entreprise car le salarié arrive avec ses outils.

La réduction des coûts peut être un réel levier pour le travail à distance car il permet de réduire les locaux d’une entreprise puisque moins de collaborateurs travaillent au bureau.

La gestion du personnel se trouve changée. Hier on manageait des lieux fermés (entreprises) avec des flux entrants/sortants maitrisés (qui vient, quand…), aujourd’hui on manage des réseaux ouverts avec des flux beaucoup plus nombreux. Cela devrait amener les entreprises à changer leur mode de gestion de la structure.
Les dirigeants doivent se poser la question de la part de télétravail qu’il est possible de mettre en place dans leur entreprise, des coûts engagés, des retombées économiques et de l’application de nouveaux modes de management des effectifs.

Aménagement et espace de travail
Pour que le télétravail se réalise dans les meilleures conditions, il faut aussi que le lieu de télétravail soit équipé pour le travail (CDT par exemple).
Avec le travail à distance, les entreprises peuvent moins « contrôler » les salariés au bureau et doivent établir une relation de confiance dans le travail pour le travail à distance. En contrepartie, les collaborateurs doivent jouer le jeu ne pas abuser des conditions de télétravail à domicile. Dans un cadre général, le cabinet BenSoussan observe que 96% des personnes concernées par le travail à distance (salariés, managers, employeurs) sont satisfaits. Toujours d’après la même source, on observe aussi un gain de productivité de 22% chez les télétravailleurs.

Le télétravail passe également par la volonté d’aménager le territoire et ce notamment par la création de centres de télétravail.
Un CDT est un espace cet travail partagé qui permet aux télétravailleurs de se sociabiliser et de trouver du plaisir à travailler non plus à la maison mais dans un lieu qui n’est plus forcement l’entreprise qui l’emploie.
Outre les CDT, on trouve de plus en plus d’espaces de co-working (ou Cantines) qui offrent une réelle dynamique d’échange grâce à leur structure. Cet espace de travail partagé regroupe des petites entités ou travailleurs solitaires. Chacun est alors libre de rencontrer les autres co-workers, créer des liens voire trouver des contacts utiles dans leurs activités.

Didier Taverne, de l’Agence d’Urbanisme de la Région Mulhousienne, indique que 19000 personnes viennent travailler à Mulhouse habitent à l’extérieur de la ville. Il explique que l’on trouve plus de personnes qui viennent travailler que de personnes qui travaillent à l’extérieur.
L’implantation de CDT permet de réduire le temps de trajet et réduire le temps de non-travail.

Quel avenir ?
Le télétravail n’est pas encore bien installé sur notre territoire mais de nombreuses initiatives ont commencé à émerger au niveau national, comme en Alsace avec la CCI, mais aussi à des niveaux plus locaux avec des espaces de co-working (Rennes, Paris, Nantes, Strasbourg… reseaudescantines.org).
Il reste encore une grande partie du travail qui doit être menée par les entreprises afin d’être capables de proposer et d’encadrer le télétravail dans le chemin d’une évolution des modes de travail.

Toutes vos remarques sont les bienvenues sur ce sujet.

Auteur: Benoit DELDICQUE

Actuellement en poste sur Strasbourg, je suis en charge de la conception et la réalisation d'applications iOS pour iPhone, iPad et iPod touch.

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1 commentaire

  1. Beaucoup de précisions sur les bonnes pratiques à respecter sur le télétravail. Il reste un point essentiel : le contact se réduit entre les équipes ! Cela diminue la communication et complique le management.